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Dakar – Immersion dans le monde des femmes détenues par Jaly Badiane

En ce 08 mars, on ne les oublie pas car beaucoup d’associations pensent à cette minorité souvent marginalisée. Pour cette journée, une cérémonie précédée d’une causerie égayera la journée de ces femmes. Ces détenues qui ont une routine millimétrée.

C’est après une fouille minutieuse que l’on franchit les portes de la prison et les gardes pénitenciers, essentiellement des femmes, nous accueillent chaleureusement. Après ce passage obligé, on nous indique la cour où sont rassemblés une centaine de femmes pour l’occasion. Certaines ont le sourire, d’’autres bébés contre la poitrine discutent entre elles. On nous présente les chambres et les chefs de chambres ; ces dernières ont la responsabilité de faire régner une bonne harmonie et de veiller à la propreté des dortoirs.

Après les salutations et le début des activités, j’approche trois détenues pour avoir en savoir plus sur leur vie et des raisons pour lesquelles elles se sont retrouvées en prison. Aïssatou est âgée de 34 ans et elle purge une peine de 10 ans pour trafic de drogue. « Il me reste 3 ans à vivre ici. J’ai été arrêté en même temps que mon copain qui lui vendait du chanvre indien ; les policiers n’ont pas pris la peine d’écouter la version des faits et m’ont dit que j’étais complice de trafic de drogue » nous raconte cette femme qui semble avoir accepté son sort. Pour Diarra, c’est le destin : « jamais de ma vie je n’ai pensé que je mettrais un jour les pieds dans une prison. Alhamdoulilah, je sors dans quelques semaines après 3 mois de détention. Je ne vais pas dire que je suis innocente mais pour une banale histoire de famille je me retrouve là. Il se trouve que nous vivons tous, frères et sœurs, dans la même maison ; c’est suite à une bagarre avec ma demi-sœur que j’ai atterrit ici. Avec un certificat médical, elle a porté plainte et j’ai été condamné ». L’histoire de Gnilane est plus douloureuse ; envoyée en prison pour infanticide, cette jeune femme a à peine 21 ans. « Je suis tombée enceinte du boutiquier à côté de la maison où je travaillais comme femme de ménage. J’ai caché ma grossesse à tout mon entourage et c’est ma patronne qui a finit par découvrir mon ventre. Elle m’a renvoyé de suite et j’ai rejoint la chambre d’une amie qui acceptait de m’héberger le temps d’accoucher. Nous vivions à 5 dans cette chambre et je suis arrivée à terme sans jamais allé voir un médecin. Je viens du village et ça aurait été une honte d’y retourner avec un bébé hors mariage et sans père en plus. Car le gars avec qui je couchais a refusé de reconnaitre qu’il était l’auteur de la grossesse »… termine-t-elle dans un sanglot. Elle n’en dira pas plus et nous préférons nous en arrêter là.

Toutes ces femmes ont leur histoire propre mais un destin commun qui les oblige à vivre ensemble. Si certaines apprécient les conditions dans lesquelles elles sont, d’autres ne manquent pas de parler de l’oubli dont elles font l’objet, de la stigmatisation qu’elles imaginent et des conditions de survie dans ce lieu exigu dont elles finissent tous par prendre leurs « aises ».

*** J’ai pris le soin d’utiliser des noms d’emprunt afin de préserver les identités de ces femmes qui ont accepté de me parler.

Jalybadiane.com

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